Hereros et Namas : une mémoire en question

Une reconnaissance officielle, une journée du souvenir, une proposition financière : ces gestes ne répondent pas tous à la même question. Dans le cas du génocide des Hereros et des Namas, ils permettent de distinguer la désignation du crime, sa place dans la mémoire publique et les demandes de réparation. Le reportage de la BBC du 28 mai 2025 décrit cette histoire et les désaccords qui accompagnent les discussions entre la Namibie et l'Allemagne. Il invite à regarder ensemble les faits de la violence coloniale et les termes employés pour y répondre.

Un génocide colonial, 1904-1908

Entre 1904 et 1908, plus de 70 000 personnes ont été assassinées dans le territoire alors appelé Afrique du Sud-Ouest. Les victimes appartenaient principalement aux communautés ovaherero et nama. Selon la BBC, elles ont été prises pour cibles parce qu'elles refusaient que les colonisateurs s'emparent de leurs terres et de leur bétail. Les pillages et les combats ont été suivis du génocide, commencé en 1904 avec un ordre d'extermination donné par le responsable allemand Lothar von Trotha.

La terre et le bétail occupent donc une place concrète dans ce récit. Les retenir dans l'explication permet de ne pas réduire le génocide à une suite de dates ou à un nombre de morts. La violence touche des personnes, mais aussi leurs liens avec un territoire et leurs moyens d'existence. Cette attention aide à comprendre la place que prennent les terres ancestrales dans les demandes rapportées des descendants.

Les camps et le 28 mai 1907

Les autorités coloniales allemandes ont utilisé des camps de concentration et des expériences pseudoscientifiques pour torturer et tuer. Le 28 mai 1907, des responsables allemands ont annoncé la fermeture des camps, après des critiques internationales. C'est cette annonce que les autorités namibiennes ont retenue pour fixer la date de la journée nationale du souvenir.

La précision compte : le repère commémoratif est l'annonce de fermeture des camps. Le génocide, lui, est situé entre 1904 et 1908. Une date de commémoration rassemble l'attention autour d'un événement particulier ; elle ne remplace pas toute la chronologie. Garder ces deux échelles de temps permet de comprendre le choix du 28 mai sans effacer ce qui le précède ou ce qui le suit.

La reconnaissance de 2021 et ses limites

En 2021, l'Allemagne a officiellement reconnu le génocide et proposé 1,1 milliard d'euros d'aide au développement sur trente ans. La formulation juridique de cette offre ne mentionnait ni réparations ni indemnisation. La Namibie l'a refusée, tout en la considérant comme un premier pas : elle demandait aussi des excuses formelles et des réparations.

La BBC rapporte ensuite un projet d'accord prévoyant des excuses formelles allemandes et, selon les informations rapportées, 50 millions d'euros supplémentaires. Il s'agit du projet décrit dans le reportage de mai 2025. La distinction entre aide au développement et réparation reste essentielle pour lire ce débat : un montant ne dit pas, à lui seul, quelle responsabilité est reconnue ni quelle réponse est apportée à ceux qui ont subi le préjudice.

Une première journée nationale du souvenir

Le 28 mai 2025, la Namibie a organisé sa première journée nationale du souvenir du génocide. Cette entrée dans le calendrier national donne un repère public à la mémoire des victimes. Le reportage signale pourtant le scepticisme d'une partie des militants des communautés concernées, pour lesquels la justice réparatrice demeure lointaine.

Il faut donc tenir ensemble la portée du geste commémoratif et les réserves exprimées à son sujet. Honorer les morts et discuter des conditions de réparation sont deux démarches qui peuvent se rencontrer, sans que l'une suffise à accomplir l'autre.

Ce que demandent les descendants

De nombreux militants ovaherero et nama disent avoir été injustement exclus des négociations. Plusieurs souhaitent que le gouvernement allemand rachète des terres ancestrales détenues par la communauté germanophone et les restitue aux descendants ovaherero et nama. Leurs demandes portent ainsi sur la participation aux discussions autant que sur une réponse matérielle à la dépossession.

La question de la mémoire rejoint ici celle de la parole : qui prend part à la définition de la réparation ? Lire les revendications rapportées dans leurs termes permet de comprendre pourquoi une reconnaissance étatique ou une enveloppe financière ne clôt pas nécessairement le débat.