Le Capharnaüm
Le nom est délibérément indiscipliné. Un capharnaüm : un lieu où tout se mêle, où rien n'est à sa place attendue, où l'ordre canonique des choses est suspendu. C'est l'espace de lautresite où la forme importe autant que le fond — où l'on peut accueillir un film, un ensemble de photographies, un essai, un texte de fiction, pourvu qu'ils disent quelque chose d'essentiel sur le monde.
La guerre, la mémoire, l'image
Plusieurs des publications du Capharnaüm ont gravité autour de la guerre et de ses représentations. Non pas la guerre comme spectacle — l'héroïsme, la stratégie, les batailles — mais la guerre comme expérience vécue, comme trauma, comme question morale et politique.
« Ce que nous apprenons de la Guerre » est un texte collectif qui rassemble des contributions de Bertrand Badie, Luc Carton, Paul Hermant, Nicolas Levrat, Dominique Nalpas, Véronique Nahoum-Grappe, Patrick Quinet et Georges Thill. Ce n'est pas un traité mais un ensemble de réflexions situées — des chercheurs, des journalistes, des philosophes qui interrogent ce que la guerre fait à ceux qui la vivent, à ceux qui la pensent, à ceux qui en héritent.
« Il y a toujours un monde après la fin du monde » de Michel Gheude prolonge cette réflexion dans une direction plus personnelle — une méditation sur la survie, la reconstruction, le fait de continuer à vivre après l'effondrement.
L'image politique
Lautresite a accordé une place particulière à la photographie documentaire. « Europe, fragments d'histoire », par Marine Cox, est un essai photographique sur les traces matérielles de l'histoire européenne : bâtiments, paysages, objets qui portent en eux l'empreinte des catastrophes du siècle passé.
Ces photographies ne sont pas des illustrations. Elles ont une valeur propre, une façon de montrer qui complète et parfois contredit le texte. Lautresite a toujours cru que le rapport entre le texte et l'image méritait une attention particulière. La Cinémathèque royale de Belgique conserve des archives importantes du cinéma documentaire belge.
L'Aube de Danis Tanovic
Le film « L'Aube » du cinéaste bosniaque Danis Tanovic a été accueilli dans le Capharnaüm. Tanovic, réalisateur de « No Man's Land » (Palme d'or à Cannes 2001), proposait ici un regard sur les premières heures du jour — une méditation sur le temps qui passe et sur la façon dont nous habitons les moments ordinaires.
Sa présence dans lautresite est emblématique de l'ambition du Capharnaüm : accueillir des œuvres qui viennent d'autres espaces, d'autres pratiques, et les mettre en dialogue avec les textes et les enquêtes de la revue.
La mémoire comme matière première
Tous les travaux rassemblés dans le Capharnaüm ont en commun une attention à la mémoire — non pas la mémoire monumentale, officielle, figée dans les statues et les commémorations, mais la mémoire vivante, fragmentée, transmise par corps à corps, par récits qui se cherchent et parfois se perdent.
C'est cette mémoire-là que lautresite a voulu documenter et honorer — parce qu'elle est la plus fragile, et donc la plus précieuse.